
Métro 3 vers Schaerbeek et Evere : et si la « méthode bruxelloise » permettait d'aller plus vite, pour moins cher ?
- Olivier Olivier Willocx
- 3 juil.
- 3 min de lecture
Prolonger le métro 3 de la Gare du Nord jusqu'à Bordet : tout le monde est d'accord sur l'objectif. C'est sur la méthode que le débat mérite d'être ouvert. Voici pourquoi la construction depuis la surface — la « méthode bruxelloise » qui a fait ses preuves depuis des décennies — est une alternative crédible au tunnelier.
Les chiffres qui posent question

En rouge, le tracé au tunnelier ; en vert, le tracé en surface. Les stations desservent les mêmes quartiers.
Le projet actuel, étudié par le bureau BMN, prévoit de creuser le tronçon Gare du Nord – Bordet au tunnelier (« bouclier »), à 20 à 25 mètres de profondeur. Le coût présenté le 5 février 2026 à la Commission spéciale Métro 3 du Parlement bruxellois : 1.857 millions d'euros (valeur 2024) — près de 2 milliards avec l'inflation des coûts des matériaux et de l'énergie. Et ce montant ne comprend pas les 30 rames de métro, soit environ 225 millions d'euros supplémentaires.
Le tout doit être construit d'un seul tenant : impossible de phaser, impossible d'étaler la facture.
L'alternative : construire depuis la surface
La « méthode bruxelloise » (le cut and cover), c'est celle qui a construit l'essentiel de notre réseau de métro et de prémétro. Appliquée à ce tronçon, elle change la donne :
Des stations à 14 mètres de profondeur maximum, au lieu de 20 à 25 m : accès plus rapide aux quais pour les voyageurs, escalators et ascenseurs plus courts, stations nettement moins chères.
Des voies superposées en tunnel, qui réduisent l'emprise du chantier en surface de 35 à 40 % — moins de gêne pour les riverains.
Un investissement phasé, réparti sur plusieurs exercices budgétaires, adapté à la situation financière actuelle de la Région.

Coupes schématiques des tunnels : la compacité des ouvrages réduit fortement les coûts.
Phase 1 : Gare du Nord – Verboeckhoven en prémétro
Environ 2,5 km de tunnel et trois stations : Liedts, Pavillon et Verboeckhoven.

La station Liedts s'insère dans la place, sans aucune expropriation.
En exploitation prémétro dans un premier temps, cette phase désengorge le centre de Schaerbeek bien plus vite qu'un métro complet, et rentabilise immédiatement les capitaux investis :
Coût estimé : ± 300 millions d'euros (375 M€ en hypothèse prudente à 150 M€/km) — à comparer aux près de 2 milliards du projet au tunnelier.
Mise en service : 3 à 4 ans après la décision et l'obtention des permis, le chantier pouvant être mené par plusieurs entreprises en parallèle.
Le dépôt métro et l'achat des 30 rames (± 225 M€) peuvent être reportés d'une dizaine d'années.
Bonus immédiat : remplacer les trams T3000 (184 places) par des T4000 (253 places) sur la ligne 55 augmente la capacité de 37,5 % dès aujourd'hui.
Trois points techniques, trois solutions
Le passage sous les voies de la Gare du Nord : à profondeur réduite, il devient plus simple et moins cher qu'avec le tunnelier.
La traversée de l'îlot Aerschot–Hoogvorst–Brabant : une dizaine de maisons à reconstruire, coût intégré au projet, comme cela a été fait rue d'Angleterre à Saint-Gilles.
La place Verboeckhoven : passage sous la ligne SNCB 161-162 et les collecteurs du Maelbeek, par congélation du sous-sol — une technique éprouvée. Les trains peuvent être déviés par le tunnel Schuman-Josaphat sans suppression d'arrêt.

Bruxelles sait faire : construction du second collecteur du Maelbeek, 1954-1955.
Phase 2 : Verboeckhoven – Bordet, au rythme des budgets
Quand les moyens le permettent, la ligne se prolonge sous la chaussée de Helmet avec quatre stations : Helmet-Riga (qui dessert aussi l'hôpital Paul Brien), Tilleul, Paix et Bordet, en correspondance avec la ligne SNCB 26, les trams et les bus — et avec un prolongement possible vers l'aéroport.

Bordet, terminus et pôle de correspondances.
Environ 3 km d'ouvrages, pour une estimation de 450 millions d'euros.
En résumé
Coût génie civil : ± 2.000 M€ au tunnelier contre ± 750 M€ (300 + 450) par la méthode bruxelloise.
Profondeur des stations : 20 à 25 m au tunnelier contre 14 m maximum depuis la surface.
Phasage budgétaire : impossible au tunnelier ; en deux phases minimum depuis la surface.
Première mise en service : après achèvement complet au tunnelier ; en 3 à 4 ans (Gare du Nord – Verboeckhoven) depuis la surface.
Matériel roulant métro : achat immédiat (± 225 M€) au tunnelier ; reporté d'environ 10 ans depuis la surface.
Un projet plus souple, moins onéreux et progressif, qui dessert les mêmes quartiers et rend service aux Schaerbeekois et aux Everois beaucoup plus vite.

Cette extension figure déjà dans le plan métro approuvé par le Gouvernement belge en 1965.



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